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Texte Libre

Bonjour, j'écris actuellement une histoire fantastique sur les rêves et la mémoire.
Le storyboard et les personnages terminés, j'ai écrit l'équivalent de 8 chapitre sur 25.
Je souhaite grâce à cet article vous présenter les premiers chapitres ainsi qu'une grande partie du rêve initial d'Antoine, le héros de cette histoire, qui a lancé les travaux.

PS : Merci de laisser un commentaire à la suite de cet article (ou ailleurs) pour me donner vos impressions aussi bonnes que mauvaises. Cela m'aide beaucoup !

Bonne lecture !

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Un Marteleur se tenait au pied d’un volcan, armé d’une lourde masse à chaque main. Un bourdonnement sourd et continu se faisait entendre tandis que le géant battait la mesure de ses bras incroyablement musclés, à intervalles parfaitement réguliers, sur des colonnes de basalte. Chaque coup était suivi d’une explosion, faisant trembler le plateau tout entier. Une salve de magma en fusion jaillissait en direction du ciel menaçant avant de retomber puis disparaître dans la cheminée du volcan, saignant sur le plateau.

Au centre de ce désert de basalte se tenait un saule, aux branches fournies de feuilles lancéolées, qui pleurait abondamment. Le ruisseau découlant de ces larmes remontait inexplicablement vers le volcan. De son cours inversé, il semblait arrêter la rivière de magma descendante sous le regard d’uniques témoins ailés. De minuscules oiseaux iridescents tournaient inlassablement au dessus du cratère embrasé, évitant chacune des salves destructrices.

Le réveil d’Antoine sonna.

Par jules
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  « ‘Toine tu vas chercher les enfants à l’école ? »

Son cri avait traversé l’appartement pour atteindre le grand balcon. Clémentine, trente-quatre ans dont un tiers passé au milieu de livres. Elle aimait les ranger, minutieusement. Aucune étagère où oserait dépasser une couverture, aussi bien dans les ouvrages sombres de la philosophie que ceux plus colorés du rayon enfant de la bibliothèque.

Justement, ses enfants n’étaient pas là. C’était à lui d’aller les chercher. Antoine fumait une cigarette accoudé au rebord du balcon. Il était si bon à cette heure de sentir l’odeur d’un mois de septembre aoûtien. Une main devant le visage, ses doigts laissaient envoler un filet de fumée tandis qu’il redessinait le contour des rares nuages. Ses traits fins étaient caressés par ce léger vent chaud qui venait frotter la cime de son crâne anguleux, protégé par de longs cheveux ondulés. Il jeta négligemment son mégot, l’observant rebondir sur une voiture huit étages plus bas. Il semblait fatigué, le dos courbé sous son tee-shirt sale. Son jean descendait bas, laissant apercevoir son caleçon.

  « Antoine tu vas être en retard ! »

Il grommela, croyant entendre sa mère dans sa plus tendre enfance. Il était déjà en retard ! 16h45 ! Les gamins étaient sortis depuis déjà un quart d’heure normalement. Il fallait faire vite pour ne pas se faire houspiller par la maitresse. Et ces clés de voiture introuvables… Jamais le bon moment ! Imperturbable, Antoine dépassa une grande table de bois pour s’arrêter au milieu du salon. De généreux coussins aux tailles et aux couleurs les plus diverses l’entouraient, éparpillés sur le parquet qui sentait encore la cire. Cette odeur était devenue affectueuse pour Antoine. Elle lui rappelait tellement de petites choses de son enfance. Un bruit optimisa sa concentration. Le percolateur de la cuisine rugissait pour remplir une petite tasse, quand Antoine se rappela.

Ses clés pendaient à la machine. A la fin de sa journée, il était allé boire un dernier café avec Joseph, le plus vieux des ouvriers, à un mois de la retraite, son mentor depuis qu’il avait osé sortir de son bureau. C’était là le premier souvenir des clés d’Antoine. Il s’était lavé les mains ensuite, le service terminé. Il observait toujours avec attention à ce moment ses doigts de charbonnier, leurs nervures épidermiques plus saillantes que jamais. Seize heures une, prêt à partir. Après avoir évité les embouteillages, vingt minutes plus tard, il s’est enfin garé dans le parking souterrain de l’immeuble sur sa place attitrée. Il est ensuite descendu de la voiture pour prendre l’ascenseur, ouvrir la porte… sans ses clés ! Elles étaient encore sur sa voiture alors !

Il sortit de sa léthargie pour traverser rapidement le salon en évitant son tour de canapés, puis le long couloir qui mène à l’entrée. Dans la cuisine à droite, Clémentine lui tournait le dos, plongée dans sa lecture, face aux toits du quartier. Ses longs cheveux bruns et lisses tombaient, la tête comme aimantée par le sol.

  « Je ne serai pas long… »

Coup de bluff inutile de la part d’Antoine, puisque sa femme ne l’entendit même pas partir. Assourdie par le bruit des sorts magiques lancés sur des wyvernes et autres dragons dans la cuisine, la porte claqua sous un courant d’air sans la moindre gêne pour elle.

Antoine aurait aimé descendre aussi vite que sa cigarette consumée jusqu’au filtre, mais l’ascenseur était lent pour descendre les huit étages de l’immeuble plus celui pour atteindre le souterrain. Il réfléchit au chemin pour se diriger vers l’école avant de se retourner, fixer le miroir. Il se regardait toujours durement dans les yeux avant d’oser se détendre. Une grimace arrivait suivie rapidement d’une autre. Au fil des étages, les déformations les plus incroyables pouvaient s’observer sur ce visage si modelable. Une dernière performance, une différente à chaque fois, clôturait le spectacle avant que les portes de l’ascenseur ne s’ouvrent.

Juste en face, une Mini Cooper noire avait la fenêtre ouverte. En s’approchant de la voiture, il vérifia que les clés étaient bien sur le contact pour monter à bord. Il regarda plusieurs fois dans son rétroviseur tout en attachant sa ceinture. Direction l’école à cinq cent mètres, adhésion volontaire à la fainéantise de nos contemporains.

Arrivé devant l’établissement, clôturé tel une prison, Antoine sentit s’écraser sa lourde masse capillaire devant ses yeux, si bien qu’il ne vit pas arriver la vieille maitresse et les bambins.

  «  Heureusement que vous habitez à proximité ! »

Madame Dupin était du genre strict, en classe comme à l’extérieur. Un mouvement de main fit découvrir à Antoine la scène. Dans un tailleur gris assez chic, la maitresse agitait énergiquement ses grands bras chétifs, ses longs cheveux de paille enneigés suivant la danse. Ses yeux noirs et gros, derrière de grandes lunettes rectangulaires, étaient surmontés de fins sourcils en circonflexe.

A sa gauche, le petit Jules se retenait de rire, le regard bien malicieux après ses bêtises de la journée, son premier mois d’école terminé. A sa droite, Fiona, huit ans à peine, le portrait craché de sa mère avec son air de sagesse bien trop mature pour son âge. Elle baissait la tête, comme pour montrer la honte que son père n’avait décidément pas.

Il comprenait madame Dupin au fond. Il n’aimait pas partir du travail en retard. Il ne souhaitait pas non plus s’éterniser ici.

  «  Excusez-moi Isabelle, le petit a rendez-vous à l’onirologue… »

  «  A l’onirologue ! A l’onirologue ! Vous m’exaspérez… C’était la dernière fois j’ose espérer ! Et à l’école, appelez-moi Madame Dupin. Au revoir… monsieur ! »

Madame Dupin arrêta de s’insurger pour se retourner, abaisser ses épaules. Pour les idéalistes, la première fois est la plus importante, pour les pessimistes la dernière, pour les audacieux, la prochaine.

Le week-end était là maintenant. Chacun grimpa dans son propre véhicule avant que les deux voitures ne se croisent. Antoine et Isabelle Dupin échangèrent un signe de la main. Ils n’accordaient pas plus de deux minutes d’importance à ce genre de dispute. Elle aimait seulement se faire respecter sur son lieu de travail et ne souhaitait pas plus ardemment faire connaître leurs liens aux yeux des autres parents. Demain, tout serait déjà oublié.

Dans la voiture, Jules regardait le paysage défiler juste derrière son père tandis que sa grande sœur observait la route, la surveillant pour prévenir le moindre danger potentiel.

  «  Alors qu’est ce que vous avez fait aujourd’hui ? »

  «  Attention au stop papa ! De la lecture. »

  «  Oui j’ai vu, merci... Et toi Jules ? »

  «  Des mathématiques… C’est nul… »

Jules n’aimait pas l’école. Il s’ennuyait déjà tellement derrière son bureau. Il préférait certainement les après-midis à courir derrière un ballon avec ses copains, comme tous les gamins de son âge, disait Clémentine, leur mère. Pourtant, l’ennui n’était pas inné pour leur père Antoine, on leur offrait l’ennui comme un cadeau empoisonné le premier jour d’école, après avoir écrit grassement son nom sur un morceau de papier. Alors Jules, qui était toujours le plus rapide en tout, à la course comme pour s’endormir le soir, passait ses journées à regarder le paysage qui ne défilait pas depuis la salle de classe.

Il ne défilait pas plus depuis quelques secondes dans la voiture. Ils étaient arrêtés devant le portail d’accès au parking souterrain. Antoine cherchait la télécommande permettant d’enclencher le mécanisme d’ouverture. Fiona posait son regard sur toutes les parois intérieures du véhicule rutilant tout en abaissant la hauteur de sa ceinture. Différents plans géographiques remplissaient le compartiment à droite de son siège, accompagnés de bazar divers : des bonbons, un paquet de mouchoir, une carte d’identité et de la menue monnaie. Fiona sortit la carte d’identité avant de la mettre dans une poche de son sac à dos. Jules commençait à s’impatienter quand la grande porte s’ouvrit sous un gyrophare aveuglant. Il se redressa d’un bond !

  « Papa, elle tue notre nouvelle voiture ! »

  « Sinon papa, on ne dit pas à l’onirologue mais chez l’onirologue » ajouta Fiona.
Par jules
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Allongé, il se faisait noir. Une petite lucarne située en face d’un lit aux couvertures défaites laissait entrer la faible lueur de la lune cachée par les nuages, dans cette pièce de cinq mètres sur trois.

Allongé il se faisait flou. Une ombre aux formes indéfinies virevoltait autour du lit. Elle semblait frôler de son inconsistance le matelas, partiellement dénudé de tout drap et dur comme le bois de l’armoire massive trônant à droite, avant de disparaître dans la pénombre.

Allongé, il se faisait chaud. Elle reparaissait quelques secondes plus tard, caressant le plafond, quatre mètres au dessus du lit. Elle ondulait nerveusement avant de s’éclipser derrière l’armoire.

Allongé, il se faisait humide dans le silence de la nuit. Un rythme de cœur alerte se devinait, propagé via un système d’enceintes invisible, alors qu’une forte odeur de transpiration émanait des draps. Une voix grinçante perça cette ambiance.

  « Je te vois Phénix ! »

Allongé, il se fut soudain jour. Antoine regarda autour de lui. La pièce aux murs blancs était vide. Plus d’ombre. Plus d’armoire. Plus de lit. Aucune issue pour sortir de cette chambre devenue placard aseptisé ! Et pourquoi l’avait-on appelé Phénix ?

Antoine frissonna tout de même au contact du carrelage sur son dos, pliant puis resserrant ses bras autour de la poitrine avant de se redresser, le dos contre le mur. Encore un de ces maudits rêves, il le savait maintenant…

Un regard sur la lucarne lui permis d’apercevoir le soleil. Cela lui donna une certaine once de courage pour se relever.

Il remarqua qu’il était nu comme un ver et ne put s’empêcher d’avoir honte de sa chétivité naturelle.

Il traversa alors les cinq mètres qui le séparaient du mur où était insérée cette lucarne pour analyser la situation. La sortie se situait à plus de trois mètres de hauteur. Il songea à sa condition d’urgence actuelle, dans ce rêve qui aurait bien pu lui offrir un corps plus généreux.

Cela n’empêcha pas Antoine d’essayer une première fois. Trop court de quelques centimètres !

La deuxième fois, il mit ses bras en arrière pour suivre l’effet-ressort de son corps. Un bond plus tard, Antoine était accroché au rebord de la lucarne grâce à ses doigts crispés qui glissaient déjà. Pas le temps de réfléchir à la manière de briser la fenêtre que ses doigts se décrochèrent pour laisser chuter leur possesseur.

Antoine atterrit lourdement sur le dos, se frappant la tête sur le sol. Ses yeux s’étaient fermés par réflexe. Cette réaction instinctive est toujours étrange. Pourquoi fermer les yeux devant le danger, telle une autruche enfonçant sa tête dans le sol ?

En les rouvrant, il vit qu’une moitié de soleil se profilait à l’horizon. La double fenêtre de sa grande chambre, sa vraie chambre, menant à un balconnet, où il aimait fumer sa première cigarette au réveil, était ouverte du côté gauche.

Elle tapait contre le mur qui la soutenait à chaque impulsion de ce vent léger, juste suffisant pour l’ouvrir, tandis que le ressort de l’encadrement la rabattait inlassablement. L’ombre du rideau, d’un bleu nuit translucide, parant la fenêtre, dansait, passant aisément d’un mur à l’autre, selon l’angle d’inclinaison de la porte fenêtre capricieuse.

Antoine se releva alors, se tenant le bas du dos d’une main, en traversant la chambre afin de s’installer sur son petit balcon.

Il s’assit sur une chaise blanche en plastique avant de sortir une cigarette de son paquet posé sur la petite table basse de la même facture que la chaise. Il l’alluma, demeurant dos à la rue encore déserte.

En caleçon, il était bien. Il faisait encore si bon en cette fin de mois de septembre qui ne voyait pas encore les arbres perdre leurs feuilles. Tout foutait le camp !

Alors, il tournait le dos au monde, à cette rue encore déserte de toute activité. Il fixait le lit avec amertume. Vide. Clémentine s’était encore endormie sur le canapé, devant la télé ou un de ses livres stupides pensa-t’il.

Elle ne comprenait plus ses oublis, répétés depuis quelques jours, comme ceux de ne pas mettre le réveil pour se lever, laisser le plat des heures durant dans le four.

Dernièrement, l’étourderie la plus énervante était cette perte de clés récurrente. Elle avait préféré ne pas s’en soucier hier, se plongeant dans un livre épais qui la laisserait tranquille pendant un temps. Pourtant, ces mascarades ne pouvaient plus durer pensait-elle. Elle ne savait pas jusqu’où tous ces oublis les amèneraient un jour, si cela devait atteindre la sécurité de la famille. Hier, il avait bien emprunté une voiture qui n’était pas à lui.

Elle savait bien qu’Antoine faisait des efforts. Il consultait son onirologue après chaque rêve. Mais la honte certaine d’évoquer quotidiennement le terme de songes au travail, pour excuser ses retards, la rongeait. Il fallait bien amener Jules et Fiona à l’école le matin pendant qu’Antoine allait voir le docteur avant de partir au travail lui aussi ! Elle espérait que la distance prise depuis quelques jours ferait réagir son mari.

Antoine avait encore un rendez-vous programmé ce matin à huit heures. Il tombait bien après la visite nocturne de cette ombre.

Antoine termina tranquillement sa cigarette, faisant tinter doucement son trousseau de clés où était accroché un morceau de carton, indiquant la plaque d’immatriculation de sa voiture. Il n’emprunterait plus celle du voisin. Le temps de prendre une douche et il partirait voir l’onirologue.
Par jules
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Une fourmilière de ville partait au travail sous le soleil inondant un ciel parfaitement bleu. Ce matin là était un matin comme les autres pour Antoine. Il observait de si haut ces petites bêtes qui n’étaient qu’insectes depuis le dix-huitième étage d’un immeuble, qu’il en eût un certain vertige, se frottant les yeux encore rouges de fatigue.

Il traversa la salle dans laquelle il attendait pour se reposer, s’asseoir sur une confortable chaise en sky aux pieds chromés, la plus proche de l’entrée, dos à cette dernière. Avec cinq autres sièges similaires et quelque peu usés, ils formaient un cercle autour d’une grande table basse en bois rectangulaire remplie de revues et journaux divers.

Accompagnée d’un montage de quatre photos, la une du quotidien de ce jour était intitulée « Jusqu’à quand ? ». Chaque photo présentait divers édifices saccagés par des fauteurs de trouble. D’après les quelques lignes écrites en dessous, ces voyous semblaient privilégier principalement des cibles appartenant aux autorités. La mairie, le palais de justice, la grande place centrale et une façade d’immeuble quelconque avaient ainsi été taggués la nuit dernière d’une grande bulle blanche semblable à celles présentes dans les dialogues de bandes dessinées.

Les aiguilles de l’horloge continuaient de tourner. 8h20. Son rendez-vous aurait du débuter il y a vingt minutes déjà.

Antoine continua de feuilleter de manière inattentive le journal. Sa tête était comparable à une valise lors d’un départ en vacances. Il était persuadé d’avoir oublié quelque chose ce matin, sans pouvoir recouvrir le sujet de son omission.

  « Antoine Dupin ? »

Le principal intéressé se retourna et vit un homme habillé d’un pantalon noir et d’une blouse d’un blanc parfait. Ses cheveux courts poivre et sel laissaient poindre ses oreilles en feuille de chou. Ses joues potelées dessinaient un sourire accidenté, retombant mollement, un deuxième menton cachant le haut de son cou où un stéthoscope y pendait.

Il se balança lorsque le docteur tourna les talons, invitant Antoine à le suivre dans son cabinet. Le couloir qu’ils traversèrent était étroit. Seule une personne pouvait y passer alors Antoine suivit sagement le docteur jusqu’à sa porte. Sur celle-ci, une plaque rectangulaire dorée :

 

Jean-Michel BLANC

Docteur en onirologie

 

 

  « Je vous en prie Antoine, asseyez-vous ici. La nuit a été bonne ? »

Le docteur fit un geste de la main désignant le lit où Antoine s’exécuta, déboutonnant les boutons de sa chemise froissée un à un avant de s’en séparer tandis que le docteur remplissait une seringue d’un liquide bleuâtre. Antoine sentit une masse gelée parcourir son dos tandis que le docteur lui conseillait de respirer fort, par la bouche.

  «  Votre cœur bat vite Antoine. Détendez-vous, je vais aller lire. »

Cette phrase aurait pu être étonnante en temps normal, mais pas pour tout être malade des rêves en ce monde. Antoine, lui, vivait ce moment comme une certaine routine. Il souffla bruyamment d’impatience, même si le froid s’était éloigné de son dos.

Ce fut le moment où le docteur sortit du tiroir de son bureau ce qu’on appelle des scan-bracelets. D’une matière blanche et élastique, ils avaient pour socle les os métacarpiens de l’index à l’auriculaire. Une petite barre métallique accrochée au bracelet reposait sur la paume de la main une fois le pouce en butée.

Le docteur Blanc, après s’être paré de ses fameux scan-bracelets, un à chaque main, se plaça face à Antoine pour lui dégager la masse capillaire abondamment emmêlée sur son visage. Il posa ensuite les paumes de ses mains à chaque extrémité du front de son patient.

Antoine ressentit la chaleur dégagée par les deux bracelets, ou plus précisément les deux barres métalliques qui semblaient bien plus bienveillantes que le stéthoscope. Apaisé, il ferma les yeux.

Il vit un volcan au lit embrasé combattant une rivière salée, des oiseaux évitant des boules de feu dans le ciel tout en tournant indéfiniment autour du volcan. Une certaine impression de déjà vu le submergea. La chute dans le cratère suivie de la renaissance d’un oiseau puis cette ombre.

  « Phénix ? Phénix ???!!! »

Antoine ouvrit ses yeux rouges comme quelques heures auparavant. Docteur Blanc se tenait toujours face à lui, mais il avait reculé de quelques pas, son dos frôlant une affiche accrochée au mur.

  « Antoine… Vous comprenez vos rêves n’est-ce pas ? »

  « Pas vraiment… »

Revoir cette ombre l’avait fait abondamment transpirer dans son plus fameux cauchemar. Tandis qu’il s’essuyait le front, il entendit un tintement de clés dans son dos. Le docteur venait de verrouiller la porte de son cabinet.

  « Votre dernier rêve est vraiment étrange constata le mèdecin. »

  « Etrange ? s’étonna Antoine »

Le docteur tira le lourd tiroir métallique d’une armoire pour en tirer un dossier. A l’intérieur, il sortit une lettre qu’il posa sur le lit, aux côtés d’Antoine, qui s’en empara.

Il était recommandé de prévenir sans délai un numéro surligné au marqueur fluorescent, si des informations concernant un certain Phénix venaient à être découvertes. Cette lettre type, cachetée par le Ministère de la Sécurité Intérieure, semblait avoir été envoyée à tout un groupe de personnes d’après l’absence de marques personnelles concernant le docteur Blanc, hormis l’adresse de son cabinet en haut à droite.

Antoine reposa la lettre avant de regarder le plafond

  « Vous comprenez maintenant Antoine ? Avec cette ombre qui prononce son nom, il n’y a plus de doute. »

  «  Oui, mais qu’est ce que ce Phénix docteur ? Je ne sais même pas pourquoi j’en rêve. »

  «  C’est bien toute la question. Pourquoi… Vous connaissez l’existence de ces dissidents qui pensent que le rêve est bon ?

  «  Bien sûr »

  «  Leurs actions sont revendiquées par un certain Phénix. Les forces de sécurités le recherchent activement récita l’onirologue. »

  «  Mais pourquoi ? »

  «  Ils veulent que tout ce boucan s’arrête. Rêver est une maladie Antoine bon sang ! On ne peut pas cautionner ce genre d’affaires ! en haussant le ton »

Antoine paraissait perplexe face à ces réponses. Bien entendu il savait que rêver était mal. Son attention était alors déportée sur des histoires irréelles, attention inutilisée à une productivité optimale d’après ce qu’il avait appris.

  « Nous en reparlerons ce soir Antoine. J’ai encore beaucoup de patients aujourd’hui et ma nièce m’en voudrait si je te faisais arriver en retard au travail. Tout va bien avec Clémentine ? »

  « Parfaitement, oui mentit Antoine »

Antoine préférait feindre le bonheur dans son couple auprès de l’oncle de Clémentine plutôt que justifier ses oublis récurrents, la cause de ses malheurs récents.

Le docteur posa négligemment la lettre sur son bureau avant d’attraper au bout de ses doigts ridés la seringue préparée au début de la consultation. Antoine sentit la piqûre puis observa le liquide disparaître rapidement de cette dernière tandis qu’une goutte de sang perlait au milieu de son avant-bras. Le docteur retira l’aiguille puis frotta avec un coton imbibé d’alcool l’avant-bras de son patient avant de lui dire au revoir.

  «  Pas un mot de tout cela avant ce soir Antoine. »

Par jules
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